Parcours d’entrepreneur geek – Ji Guilbault, L’Abyss

L'Abyss

Dans ce troisième article de notre série sur les entrepreneurs geeks d’ici, nous nous sommes tournés vers Ji Guilbault, 36 ans, fondateur et propriétaire de L’Abyss. Cette boutique, située à Montréal, se spécialise surtout dans la vente de jeux de différents genres (cartes, miniatures, jeux de société, etc.). Nous vous présentons aujourd’hui son parcours ainsi que les défis à relever pour une entreprise geek comme la sienne.


Avant de créer L’Abyss, quel était votre parcours scolaire? Et votre parcours professionnel?

J’ai fait mes études en programmation neuro-linguistique (PNL), une branche de la psychologie, puis en hypnothérapie. Pour mon parcours professionnel, j’ai travaillé en restructuration d’entreprise, en immobilier, en rénovation… Pour la restructuration d’entreprise, on était appelés dans une entreprise qui ne fonctionnait pas, puis on la relevait.


Dois-je en déduire que vous avez beaucoup d’expérience en entrepreneuriat?

Oui, on pourrait dire ça. Depuis que je suis tout petit, je suis dans le milieu.


À quel moment avez-vous créé L’Abyss? Pour quelles raisons?

En 2011, il me semble. Il y a certains jeux, que j’ai toujours aimés, puis… Comment je pourrais dire ça? Je ne veux pas dire du mal d’aucune autre compagnie, c’est juste que je ne me sentais pas à ma place quand j’allais dans des boutiques de gaming. Je trouvais que c’était trop nébuleux, trop underground, pas assez grand public. À l’époque, c’était vrai. Aujourd’hui, il y en a de plus en plus, et ça, je suis bien content.

Ok, c’est plus de compétition pour moi, mais [Rires] ça reste qu’on est plus d’entrepreneurs qui se sont lancés dans ce commerce-là. Et je trouve ça bien, parce que ça élargit les horizons pour tous les jeux de société, les jeux de miniatures, les jeux de cartes à collectionner pour monsieur et madame Tout-le-monde.


Comment décrirez-vous les produits et services de votre entreprise? En quoi se distingue-t-elle des autres?

Pour ce qui est de nos produits, nous avons plusieurs catégories que nous offrons ici. Il y a les jeux de miniatures, comme ceux créés par Games Workshop. Dans ce domaine-là, je suis le plus gros au Québec en termes d’inventaire. J’aimerais bien devenir le plus gros au Canada. Je le suis peut-être, mais je ne veux pas avoir cette prétention-là, parce que je ne connais pas tous les magasins au Canada.

On a aussi un espace de jeu en boutique. La boutique au complet mesure 3000 pieds carrés de superficie. Là-dedans, j’en ai au moins un bon 1500 à 2000 pieds carrés consacrés au jeu. J’ai les plus beaux décors pour tous les jeux de miniatures encore disponibles. On est vraiment le top of the line dans ce domaine-là.

Ensuite, on a les jeux de rôle, sur lesquels on investit beaucoup. Contrairement à beaucoup d’autres magasins, du moins dans ceux que j’ai pu observer, on se démarque du fait qu’on investit beaucoup pour la communauté, pour le monde qui vient jouer. On investit pour des décors, qu’on fournit aux joueurs, des tables, qu’on fournit aux maîtres de jeu, ainsi que des scénarios. On essaie de se trouver beaucoup de maîtres de jeu dans ce domaine-là. En ce moment, ça fonctionne assez bien, mais on est relativement assez nouveau.

Les jeux de table

Les jeux de société : on a au-dessus de 500 titres, même plus, et ça ne cesse de s’accumuler. On continue d’avoir de plus en plus de choses sur les jeux de société à fournir à toute la communauté des joueurs.

C’est sûr qu’on s’entend que, les jeux de société, on est loin d’être tout seul. Ce n’est pas comme les miniatures, où on est les plus gros au Québec. Au Canada, on est la référence dans certains jeux, pour les miniatures. Il y a du monde qui vient de la Colombie-Britannique pour venir en chercher ou j’ai des commandes qui viennent d’un peu partout à travers le Canada ou même aux États-Unis. Pour les jeux de société, tu peux en trouver partout : dans les Renaud-Bray, les Archambault, les Walmart…

C’est extrêmement difficile, parce que ça se trouve à peu près n’importe où, mais on en tient déjà une très grande variété. Encore là, on a aussi beaucoup de jeux en démo, que le monde peut venir jouer ici. Là-dessus, on se rapproche probablement un peu du Randolph, sauf qu’on vend directement en boutique.

Qu’est-ce qu’on a d’autre aussi? Ah! Les jeux de cartes à collectionner! On a du Magic the Gathering, puis du Pokémon. La compétition la plus féroce, c’est dans Magic. Il y a des magasins qui fonctionnent juste sur Magic. Je ne peux pas dire que je suis le plus gros, mais on a beaucoup de cartes, on a beaucoup de tables de jeu, et on est à l’écoute des besoins de notre clientèle.

Ce qui nous démarque?

Ce qui nous démarque vraiment, par rapport aux autres magasins, c’est surtout sur le service qu’on donne aux clients. On a de super bons prix, mais nous avons également un excellent service. On veut s’assurer que chaque client soit content, qu’il trouve ce qu’il voulait, sinon on le commande.

Les personnes qui travaillent pour moi ne sont pas des vendeurs; ce sont plutôt des conseillers. C’est sûr, on vend plein de trucs ici, il faut bien qu’on réussisse à gagner notre croûte, sauf que le but premier, c’est de conseiller les clients. Nous nous assurons que chaque client soit satisfait.


Quels sont les défis d’une entreprise geek?

Le système de caisses, ça a été un défi pour nous. Si tu vas, par exemple, dans les cartes à collectionner, c’est tout un autre pan de ta boutique de geeks qu’il va falloir que tu gères, parce que c’est extrêmement complexe. Les cartes, c’est comme la bourse : ça monte et ça descend chaque jour. Il faut que tu te tiennes au courant des updates.

L’inventaire, c’est un autre défi. Il faut avoir un inventaire immense, parce que la plupart des geeks, sans vouloir émettre un quelconque jugement, sont des acheteurs plus compulsifs. Ils veulent leur produit tout de suite. Et puis, je ne fais pas exception à la règle. [Rires] Quand je veux quelque chose, je le veux là. S’il n’est pas dans un magasin, généralement, je change de magasin, mais je le veux cette journée-ci.

Je me fous de la place où je l’achète, je le veux. Je ne dis pas que c’est tout le monde qui est comme ça, mais c’est une bonne partie de la clientèle. À cause de ça, on est obligé d’avoir un gros inventaire pour pouvoir fournir à la demande de toutes ces personnes-là. Ça demande d’avoir les reins extrêmement solides pour avoir un aussi gros inventaire

L’autre défi, c’est de se tenir au courant, tout le temps, de toutes les nouveautés qui sortent. C’est énormément de travail.


Qu’appréciez-vous le plus dans votre aventure entrepreneuriale?

Faire évoluer. J’adore faire évoluer les choses. Ce qui m’a amené en PNL, c’est le fait que j’aime voir les choses ou les gens évoluer. C’est la même chose ici. J’adore voir le commerce évoluer, ça me fait tripper. On a grandi depuis le temps, c’est incroyable. L’inventaire a grossi, je suis parti de pas grand-chose.

Je ne conseillerais pas ce parcours-là à personne : avec la compétition actuelle, ce serait pratiquement impossible à faire. Mais ça me fait tripper de voir les choses évoluer, de voir comment les gens apprécient tous les efforts qu’on fait pour eux autres.


Qu’appréciez-vous le moins?

Il y a certaines compétitions que je trouve déloyales. Ce que je méprise vraiment, c’est les magasins en ligne qui n’ont pas de boutique terrestre, juste virtuelle. Pour moi, c’est de la compétition déloyale, parce qu’ils n’ont aucun loyer à payer, aucun employé, ils n’offrent aucun service à la communauté.


Quel conseil aimeriez-vous donner aux geeks souhaitant se lancer en affaires?

Des bons conseils que je pourrais donner, c’est : innover. C’est ce que j’ai fait et c’est ce que je conseille à tout le monde. Il faut que tu sois capable d’innover. Le deuxième conseil : ne calcule pas tes heures. Si tu es paresseux, tu veux faire le moins de travail possible, je suis désolé, mais ça ne fonctionnera pas.

Je ne dis pas qu’il faut absolument faire 100 heures par semaine pour réussir, mais il ne faut pas que tu calcules ton salaire selon les heures que tu fais. L’autre point que je voulais dire : d’aimer vraiment ce qu’on fait. Comme ça, tu ne t’aperçois pas des heures que tu fais. Et toujours être gentil avec tout le monde. Sans oublier la persévérance.


C’est sur ces sages conseils que nous concluons cette entrevue avec un entrepreneur parti de loin. Pour en savoir plus sur L’Abyss, nous vous invitons à consulter cette entrevue des PagesJaunes. De plus, si vous détenez la Multi-Passe Geek de notre page Patreon, vous obtenez un rabais de 5 % sur les jeux de société vendus chez L’Abyss, mais aussi d’autres avantages chez nos nombreux partenaires.

À très bientôt!

Christine Hébert

About Christine Hébert

Rédactrice-réviseure, Christine est une passionnée de jeux de rôle, de bandes dessinées, de séries télévisées et de littérature de genre. Elle est derrière la gestion du site Nous sommes fans, un blogue consacré aux études sur les fans et la culture populaire. Et comme si ce n'était pas suffisant, son mémoire de maîtrise portait sur l'étude de fans de la série Dans une galaxie près de chez vous.

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